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Chapitre 32

Sab en Live

32 - A.Denis

Roman relais Episode 32

Devant la tête que fait le flic, Jipé comprend son erreur.  Merde je me suis trompé de poche. J’ai donné la droite !

— Elle est pas bonne cette dérogation ? demande-t-il timidement.

— Et bien lis toi-même ! Connard !

— Déplacement entre le domicile et le lieu d’exercice de l’activité professionnelle. Voilà ce que tu as coché, non ?

— Ben oui, pour revenir travailler. Quand j’aurais rendu cette putain de boite à son proprio je reviendrai travailler chez moi. J’ai un putain de roman à écrire, faut qu’il soit fini pour le 11 mai.

— Oui, mais tu travailles chez toi, hein, monsieur l’écrivain de mes deux ?

— Heu … oui, bien sûr !

— Et alors ducon ! Y’a pas de déplacement entre chez toi et ton taf ! Donc ta dérogation elle est pas bonne !

— Oui je me suis trompé de dérogation. Voilà la bonne, dit Jipé en extirpant la feuille de la bonne poche à gauche.

— Eh, Francis, viens voir !

Le flic appelle son collègue qui a amené la voiture. Jipé est content, il a donné au cogne le prénom Francis. C’est celui d’un mec qu’il ne peut pas sentir parce qu’il est con, mais vraiment con, du genre je suis le roi !

— Ah bon ! Ta boite de Ricoré c’est un achat de première nécessité ? Une fourniture nécessaire sans laquelle t’écris n’importe quoi ? Laisse-moi te dire que pour le moment tu n’en avais pas et que tu as fais de la merde, oui, je répète, de la merde !

— Donne la boite ! exige Francis.

Le nommé Francis s’acharne à tenter d’ôter le couvercle de la boite de chicoré-café. Il sort même un couteau, un opinel de sa poche. C’est réglementaire ça ? Le couvercle est enfin expulsé et retrouve le caniveau dans lequel il bringuebale quelques instants avant de se coucher.

— Hein, c’est quoi ça ? C’est quoi ces comprimés de  médoc ?

— Tu vas voir, on a gagné le pompon, suggère Francis. On est tombé sur un trafic de chrophine, tu sais, le truc miracle pour les uns, abominable pour les autres, contre le Cronavirus ! La chrrropholine, quéque chose comme ça.

— La chloroquine, Francis, l’hydrochloroquine pour être exact. Pour lutter contre le coronavirus. Prononce les choses comme il faut, Francis. C’est un conseil d’ami !

Vraiment con ce Francis, incapable de retenir le bon mot ! Jipé jubile d’avoir donné à ce personnage de flic le prénom de Francis.

Un homme vient de s’approcher du groupe dans le dos de Jipé. Il ne peut le voir.

— Bonjour messieurs ! Si vous me le permettez, je peux vous révéler certaines choses sur ce monsieur. Et pas seulement en ce qui concerne les avis dérogatoires de déplacements. Des renseignements bien plus graves !

— Et c’est quoi donc ce que vous voulez parler ? demande Francis.

Cette voix ? Elle n’est pas totalement inconnue à Jipé. Mais oui, c’est une voix un peu traînante, rocailleuse et sifflante qui irait bien à un de ses personnages si les chapitres étaient enregistrés. L’idée d’un roman sonore, ça pourrait être sympa non ? Avec des voix différentes pour chaque personnage et lui Jipé ferait la voix du narrateur. Mais, Jipé hausse les épaules. Il vaudrait mieux une belle voix qui lise tout le roman chapitre par chapitre, avec de l’intonation, des accents, pour faire ressentir l’intensité des situations et des sentiments. Alors là, c’est une excellente idée pense Jipé. Il faudrait trouver quelqu’un qui sache déclamer, un comédien ou, ça serait encore mieux, une comédienne ! Bon revenons à l’instant présent. Mais quel personnage pourrait être celui qui souffle comme un bœuf dans mon dos ?

— Ce monsieur est dangereux. Il a provoqué déjà des accidents. Des accidents mortels, je vous assure, poursuit la voix.

Jipé tourne la tête. Il reste médusé, sa bouche bée, sa mâchoire pend.

— Continuez monsieur, allez-y ça nous intéresse ! disent à l’unisson les deux flics.

— C’est horrible ce qu’il m’a fait subir, déplore Eugène-Diégo en regardant Jipé dans les yeux. Je veux tout dénoncer, tout vous dire.

— Vous voulez porter plainte ?

— Oh ? Je n’y avais pas songé. Mais pourquoi pas ?

— Allez tous en bagnole ! hurle Francis.

Avec la sirène hurlante comme on l’écrit dans tous les polars, avec le gyrophare bleu fluo qu’on voit dans toutes les séries policières, le commissariat est vite atteint.

— Patron, patron, on a arrêté un trafiquant de chleurrromachin, là vous savez bien, chrrrroloquine euh …, commence Francis.

— Fais voir. De la chloroquine, de l’hydroxychloroquine, tu dis ? Montrez-moi ça !

Celui qui doit être le responsable du commissariat, commandant, commissaire, peu importe, fait glisser dans sa main quelques comprimés et les observe avec attention. Le commissariat reste silencieux. Tout le monde est figé, debout. On retient même sa respiration. Vous pensez bien, mettre à jour un réseau, car ça doit en être un, de trafic de médocs et justement du médoc dont le gouvernement ne veut pas entendre parler même s’il fait des merveilles à Marseille ! Ça, c’est une prise qui aura un retentissement certain pour tout le monde ! Les journaux vont s’en saisir, la télé va en parler !

Le commandant-commissaire, enfin le flic-chef ou chef-flic, part alors d’un éclat de rire phénoménal. Tout son corps vibre, ses bras tremblent, de ses mains les comprimés s’échappent et tombent au sol l’un après l’autre. Le rire est communicatif. Francis et son collègue ne se retiennent pas, ni Diégo-Eugène qui est plié en deux. Jipé se met aussi à accompagner les rieurs.

— Vous êtes de vrais rigolos ! De l’hydorxycloroquine vous dites ? Ben, j’suis au regret de vous décevoir ! Par le grand pangolin, on va pas soigner le covid-19 avec ces comprimés !

Le chef-flic repart à se bidonner sans retenue.

 — Pour sûr ! Avec des dragées Fuca !

Francis et son collègue ne rient plus. Curieusement Diégo-Eugène non plus. Par contre Jipé est très satisfait du tour qu’il vient de leur jouer !